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L'origine des Victoires, d'Ugo Bellagamba

Publié le par A.

L'origine des Victoires, d'Ugo Bellagamba

Comment choisir un livre ? Pour ma part, je fais souvent confiance à mon instinct, à mon "premier" regard sur l'ouvrage. Ici il a suffit d'un regard sur la couverture, d'un regard sur le titre pour me laisser convaincre.

S'il y a bien une chose que je peux affirmer c'est que la couverture envoie du pâté et qu'elle donne bien envie ! Chose faite après un passage éclair à l'inauguration de la nouvelle "librarie" de ma ville - Les Furets du Nord pour ne pas faire de pub - et me voilà en sa possession.

L'origine des Victoires d'Ugo Bellagamba. Je ne connais pas cet auteur mais je connais l'éditeur. ActuSF publie donc ce livre sous un format poche au sein d'une collection nommée "Hélios" (collection regroupant divers ouvrages de l'imaginaire sous l'égide du collectif des Indés de l'Imaginaire associant les maisons d'édition Mnémos, Les Moutons Electriques et ActuSF donc mais nous en reparlerons dans un autre article).

"Je suis une Victoire, ma chérie... Si tu préfères, un soldat, engagé dans une lutte dont l'origine se perd dans la nuit des temps."


L'Orvet a fait de l'humanité son terrain de chasse, causant famines, guerres et destructions. De la Rome antique jusqu'aux étoiles les plus lointaines, ce roman retrace le combat et les sacrifices des Victoires, ces femmes qui luttent dans l'ombre pour nous protéger.

Lettrées, guerrières ou amantes, voici huit portraits de ces vigies qui jalonnent l’histoire et redessinent en creux notre futur.

Pour commencer, les deux premières nouvelles m'ont laissé très sceptique puisque je ne voyais pas où l'auteur voulait en venir. On comprend vaguement que ce monde imaginé est découpé entre le bien avec les Victoires et le mal avec l'Orvet mais l'ensemble paraissait plat et sans vraiment de saveurs. Le tout semblait terne avec cette vision très archaïque du bien et du mal. Il faut dire que les histoires de Natasha et Euphoria étaient plates et n'apportaient pas grand-chose pour nous permettre de plonger réellement dans le livre et la volonté décrite par l'éditeur de nous conter "le combat et les sacrifices des Victoires".

Mais il faut aller plus loin et continuer cette lecture pour comprendre réellement la volonté d'Ugo Bellagamba où du moins de s'en faire une idée : derrière chaque vie humaine, il y a une femme qui est là, dans l'ombre, pour nous faire avancer, pour nous éviter au maximum de chuter et de faire en sorte que la vie semble plus douce. C'est mon interprétation puisque, bien souvent, j'ai cru voir le rôle qu'occupe ma mère dans ma propre vie, ou bien ma chérie même. Des femmes qui m'entourent et qui sont toujours présentes pour m'aider à avancer.

Après les deux premières nouvelles, j'ai été agréablement surprise par les trois suivantes :

  • Patrizia qui prend place à Nice en 1881 auprès d'un illustre batisseur des temps modernes, Gustave Eiffel.
  • Gloria, en 1270 au sein de l'Abbaye du Thoronet au côté de frère Thomas di Roccasecca avant qu'il ne devienne Saint Thomas d'Aquin
  • Egeria lors de l'époque romaine en 31 av J.C nous expliquant le choix en Marc-Antoine et Octavien.

Ces trois nouvelles dressent le portrait d'une femme différente, à des époques différentes, jouant un rôle primordial pour l'Histoire. Une réinvention complète de l'avancée historique de notre Monde mais qui coule tout de même de sens sous la plume de l'auteur. C'est plaisant de faire les découvertes, d'apprendre pourquoi Gustave Eiffel a eu l'idée de construire sa Tour la plus célèbre par exemple. Autant d’interprétations historiques qui mettent en avant le rôle primordial de la femme là où la réalité fait souvent place aux Grands Hommes.

Je disais plus haut que le manque de clairvoyance entre le bien et le mal m'avait posé un problème. C'était une erreur de ma part puisqu'au fil des nouvelles, cet écart - si net au début - se réduit et laisse parfois penser qu'une Victoire peut parfaitement se transformer en Orvet, autrement dit que le bien peut se transformer en mal. Ou encore que la frontière entre le bien et le mal est tellement légère selon la perception que chacun en dispose qu'il est difficile d'établir vraiment une classification d'un tel état. La nouvelle concernant la Victoire Nadia reste la plus limpide pour exprimer ce contraste saisissant.

La force de ce livre c'est d'être une déclaration d'Amour aux Femmes au travers de cette lutte entre le bien et le mal. Si vous cherchez un livre quelque peu féministe, n'achetez pas des ouvrages de "féministes autoproclamées" mais foncez sur L'Origine des Victoires. Ugo Bellagamba a la force de faire passer un message universel par le biais d'un récit imaginaire qui vous emporte et vous donne envie d'aimer les Femmes pour ce qu'elles sont : des femmes préférant agir dans l'ombre et le silence pour apporter le bien autour d'elles, acceptant le sacrifice pour servir la bonne cause sans pour autant se laisser emporter par la domination masculine.

A qui s'adresse ce livre ? Je crois qu'il s'adresse pour chaque lecteur appréciant les récits de l'Imaginaire. Bien que le début semble poussif, l'univers façonné par l'auteur dans lequel la femme joue un rôle si important reste un plaisir à découvrir. Chaque nouvelle a un sens pour le fil que cherche à tisser Ugo Bellagamba. Le plus étant cet amour déclaré à la Femme dans la vie de tout être humain : elles nous sont essentielles, elles sont nos protectrices, nos enseignantes, nos muses et j'ai vraiment eu la sensation que ce livre - très intime au final - a cherché à les remercier.

La citation de L'Origine des Victoires : Une citation qui résume parfaitement ce que l'auteur a voulu transmettre et ce que j'ai ressenti en lisant ce livre,

"Je dois l'admettre, quelle surprise !
J'ai dévoré des communautés composées d'êtres massifs et aveugles, qui écumaient le fond d'océans circumplanétaires, j'ai eu raison de sociétés de papillons aux ailes iridescentes planant dans les couches supérieures de l'atmosphère d'une planète gazeuse. J'ai digéré des matriarcats, des patriarcats, des oligarchies de télépathes, des guildes capitalistes maîtrisant le voyage spatial, des empires de milliers de mondes, des sociétés théocratiques dominées par une foi vibrante, ou à l'inverse, des démocraties guidées par un rationalisme glacé, qui m'ont assimilé, tantôt à un Dieu Créateur, tantôt à une intelligence artificielle, qui m'ont traqué, ou adulé, parfois les deux simultanément.
Et pourtant...
La colère passée, quelle exaltation monte en moi ! Quel exhausteur de goût est le risque. Quel divertissement raffiné les femelles de cette espèce me proposent !"
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